Un rire macabre pour naufragés

Il est des moments dans une vie où comparer la tragédie des uns et des autres ne génère que du malaise. Les médias européens, français en particulier, auxquels nous sommes abonnés, ne parlent plus que du cimetière à ciel ouvert de la Méditerranée, depuis le naufrage des 400 et des 700 ans. Mais il nous est difficile de prendre part à ce débat, en étant assis sur un bord de mer, dans un archipel oublié du monde.

On voudrait pouvoir leur dire que ce qui arrive ne devrait pas. Leur expliquer que la responsabilité des tutelles (encore) coloniales est pleine dans cette situation. Leur indiquer l’origine de cette migration crispant les esprits les plus ouverts dans des mondes pourtant habités par le discours sur les droits de l’homme. La sécurisation des frontières au nom de la peur et du repli ne peut être la seule réponse avancée dans ce débat que la mise en scène de la compassion humanitaire risque à tout moment de fausser.

Mais qui pense à demander son avis à un archipel déconstruit, situé loin dans l’Océan indien, et dans lequel la France, depuis vingt ans, érige, au nom de la sécurité de l’Europe, un mur de division ? Une ligne d’éclatement au sein d’un même peuple. Aux Comores, nous vivons ainsi la tragédie des naufrages de manière singulière. Nous traversons nos propres eaux en « clandestins », selon la terminologie utilisée par les autorités françaises, et ce, en dépit du droit international. Depuis l’instauration du visa Balladur en 1995, nous tenons la triste et mauvaise comptabilité de nos morts en kwasa, sans pouvoir stopper l’hémorragie. A force, nous approchons du crime contre l’humanité. Mais aucun média d’importance reconnu dans ce débat ne daigne consacrer, ne serait-ce qu’une page à ce qui nous arrive. Nous sommes ce qu’on appelle, en jargon journalistique, un « non-sujet ».

Les chiffres demeurent consternants. Plus de vingt mille victimes en moins de vingt ans : le nombre avancé des morts de la Méditerranée pourrait presque être en dessous des nôtres. Le seul crime des morts du visa Balladur est cependant d’avoir voulu se rendre d’un point « A » à un point « B » de leur terre d’existence. De l’île d’Anjouan à Mayotte, nous sommes sur une terre dont le processus de décolonisation inachevé fabrique du naufrage et de l’inhumanité à longueur de semaine. Empêchés de circuler dans leur propre pays par un pays tiers, les Comoriens sont traqués en mer par la PAF française comme des bêtes, exposés qu’ils sont au jeu des politiciens et des passeurs, deux acteurs sans scrupules qui pullulent dans ces eaux.

Nous ne reviendrons pas ici sur l’étendue du désastre. Nous en avons tellement parlé depuis la naissance de ce blog que se répéter sur les faits devient une joute lassante. Nous ne nous appesantirons pas non plus sur le grand cimetière de la Méditerranée, qui fait hypocritement couler tant d’encre, ces jours-ci. Aucune des deux situations n’est plus scandaleuse que l’autre. Et nous ne contribuerons pas à la concurrence des tragédies en mer. Tous sont nos morts. Des morts innocentes, quoi qu’on dise. Par contre, nous aimerions assez attirer votre attention sur la qualité du poisson pêché par l’Union européenne en ces eaux comoriennes. Car ce poisson se nourrit aussi de cadavres humains. Nous souhaiterions savoir si cela est de nature à choquer les Européens qui l’achètent dans leurs supermarchés ou si cela est encore de l’ordre de l’anecdotique. Qu’en pensent les faiseurs d’opinion en prime time ? Ailleurs, on appelle ça de l’humour noir…

C’est tout ce qu’il nous reste. Le pire comme moteur du rire.

Un rire macabre, disant l’acceptation du désastre par ceux qui dirigent nos vies.

Soeuf Elbadawi, auteur.

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Contrée lointaine et pays d’Europe

Quand ici à Mayotte

Des meurtres sont commis

En votre nom

Sans que vous leviez le petit doigt

Sous prétexte semble-t-il

Que c’est en contrée lointaine

C’est mécaniquement un boomerang

Sous forme de Z mêlés mystifiés

Ou sordidement accouplés casqués et bottés

Qui sonneront c’est prouvé à vos portes

Le malheur est mouvant et aveugle

Hier encore les réajustements du F.M.I et de la Banque Mondiale

S’imposaient en discontinu à l’Afrique et au Tiers-monde

Et voilà qu’aujourd’hui ils font leur entrée

Dans toutes les maisons grecques,

Pays d’Europe développé organisé

Et qui se trouve démantelé abimé

à genoux !

Ibrahima Saïdi, poète.

Paru dans l’HUMA en France

Depuis quarante ans, l’île de Mayotte demeure une enclave coloniale dans l’océan Indien. Transgressant le droit international, 
elle érige une barrière administrative et criminelle entre les habitants des quatre îles comoriennes.

Mayotte, envoyé spécial. À l’ombre d’une tôle ondulée, Ismaël réajuste ses épaisses lunettes noires. Dans sa ville de Domoni, sur l’île comorienne d’Anjouan, à 70 km de Mayotte, il goûte à la liberté retrouvée. Il y a dix jours, notre homme, âgé de quarante et un ans, était encore enfermé à Majicavo, la maison d’arrêt de l’enclave française. Sa faute : avoir conduit un kwassa, barque de fortune chargée de quatorze personnes, qui permet aux Comoriens d’accéder à l’île confisquée par la France depuis 1975. 
Dix-sept mois et dix-huit jours derrière les barreaux. Et toujours le souvenir de l’arraisonnement de son embarcation. « Une course-poursuite de quarante minutes, décrit le jeune homme. Le bateau de la police aux frontières tapait régulièrement contre la coque du kwassa. Quand je n’ai plus eu d’essence, ils ont commencé à tourner très rapidement autour de nous. Puis ils m’ont menacé avec une arme et menotté. »

Tout le monde est sorti indemne de cette interpellation brutale à proximité de la barrière de corail qui entoure Mayotte. Un de ses amis n’a pas eu autant de chance, quelques semaines plus tôt. Lorsque le navire de la PAF a commencé à encercler le kwassa, les vagues provoquées par la manœuvre l’ont fait chavirer. Parmi les vingt-six personnes à bord, six ont été portées disparues et le passeur, condamné à quatre ans de prison ferme. « Ici, tout le monde tente de passer ou de faire passer des personnes », continue Ismaël qui a lui-même vécu sans papiers à Mayotte de 1994 à 2000. Trois de ses enfants sont nés français, là-bas. Il ne les a pas reconnus par peur de se faire expulser. Aujourd’hui, il promet qu’il tentera bientôt de revenir pour prouver sa paternité.

Traversée mortelle

Histoire tristement banale, qui résume à elle seule l’intenable situation de Mayotte. Depuis le 18 janvier 1995, le gouvernement français d’Édouard Balladur a imposé aux seuls ressortissants comoriens un visa d’entrer sur l’île. Jusqu’à cette date, la circulation des kwassas était libre. Aujourd’hui, pour accéder à Mayotte, les habitants des trois autres îles de cet archipel de l’océan Indien (Anjouan, Grande Comore, Mohéli) doivent obtenir le précieux document avant leur départ en présentant des garanties de rapatriement, des justificatifs relatifs aux conditions de séjour ou à leurs moyens financiers et une assurance maladie. Des obligations que la grande majorité des Comoriens, dont la famille est parfois disséminée sur les différentes îles, ne peuvent remplir. Pour contourner cette barrière administrative et les contrôles maritimes, ils sont nombreux à prendre le risque d’une traversée parfois mortelle.

La veille, à Anjouan, sur le port du Mutsamudu, un commissaire à la retraite de la police aux frontières comoriennes, qui souhaite conserver l’anonymat, témoigne de la mort de sa fille au cours d’une opération de ses confrères français alors qu’elle tentait le passage. « Les gens ont dit que la police leur avait tiré dessus. Une rescapée du naufrage m’a confirmé qu’il y a bien eu des coups de feu. » Fruit de la recolonisation de Mayotte par la France, les drames humains aux Comores sont innombrables. Le 12 novembre 1975, Said Mohamed Djaffar prit place à la tribune de l’ONU pour consacrer l’entrée officielle des quatre îles unifiées au sein de la communauté internationale. La France s’est abstenue de voter la résolution 3385 qui entérinait ce souhait d’indépendance et réaffirmait « la nécessité de respecter l’unité et l’intégrité territoriale » de l’ensemble de l’archipel, Mayotte comprise.

« Ici, la mer n’a jamais séparé personne. La mer, c’est le lien, la continuité. » Kamal Saindou candidat aux municipales de Mutsamoudou

Entre 1975 et 1995, pas moins de vingt et une résolutions ont été votées condamnant « énergiquement la présence française à Mayotte qui constitue une violation de l’unité nationale, de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de la République indépendante des Comores » et rejetant « toute forme de référendum qui pourrait être organisé en territoire comorien par la France », comme celui qui, en 2009, entérina le processus de départementalisation de l’île ayant abouti le 1er avril 2011. Depuis, la France a, bien sûr, toujours opposé son veto au Conseil de sécurité à toute proposition de sanction. Depuis quarante ans, l’Hexagone joue les pompiers pyromanes dans des entreprises de déstabilisations politiques, économiques et sociales de l’État comorien indépendant. Durant toutes ces années, s’appuyant notamment sur l’extrême droite française, Bob Denard en tête, la République est venue nourrir bon nombre de bataillons de mercenaires et appuyer différents mouvements séparatistes. Les basses œuvres de la Françafrique, les douteuses relations avec le régime de l’apartheid, en Afrique du Sud, conduisant, par exemple, à l’assassinat, en 1988 à Paris, de la militante de l’ANC Dulcie September, ont souvent trouvé leur base arrière sur l’île mahoraise.

Quatre radars, un hélicoptère

Aujourd’hui encore, la France s’entête dans son entreprise coloniale. Le contrôle des voies de transit pétrolier dans le canal du Mozambique en dépend et l’une des plus grandes bases d’écoutes militaires tricolores est installée à Mayotte. Début février 2015, le nouvel ambassadeur de France aux Comores, Robby Judes, a encore provoqué l’indignation en affirmant, lors d’une visite à Mohéli, que « Mayotte ne sera jamais comorienne ». Cette déclaration fait suite à celles de François Hollande, en août dernier, lors du dernier sommet de la Commission de l’océan Indien, qui cachaient mal ses intentions d’appropriation des nouveaux gisements de pétrole découverts dans la zone.

La frontière coloniale de ce territoire de 374 kilomètres carrés ne cesse donc de se fortifier. Quatre radars, six embarcations de la PAF et un hélicoptère sont quotidiennement employés à la lutte contre l’arrivée des kwassas. Selon le Groupe d’information et de soutien des immigrés, 95 % des personnes, considérées comme étrangères, vivant à Mayotte, sont des Comoriens. « Ce n’est pas de l’immigration, accuse Isabelle Mohamed, membre fondatrice du Groupe de recherche sur le devenir des Comores (GRDC), lors d’un dîner commun avec des responsables du Front démocratique des Comores. Il faut absolument casser cette représentation. » Il y a des raisons économiques et sociales à cet afflux. Le PIB annuel par habitant sur l’île mahoraise est de plus de 6 500 euros contre moins de 600 euros dans le reste de l’archipel. Mais ce n’est pas la seule raison. En 2008, une étude de l’Inserm révélait que près de 30 % des venues se faisaient pour des raisons familiales, loin devant les raisons liées à la santé, à l’éducation ou à des faits politiques. « Ici, la mer n’a jamais séparé personne, confie Kamal Saindou, ancien collaborateur de RFI aux Comores et candidat aux élections municipales de Mutsamoudou. La mer, c’est le lien, la continuité. »

Dimanche 8 février, comme souvent sur Anjouan, aucune maison n’était approvisionnée en électricité. L’état des routes, la gestion quasi inexistante des déchets, la construction d’hôpitaux qui, une fois terminés, n’ouvrent pas leurs portes faute de moyens et de personnels, témoignent du délitement de l’État comorien. Mais l’Eldorado mahorais n’en est pas moins fictionnel. En 2012, à Mayotte, 60 000 logements, appelés bangas, dont 82 % en tôle, n’avaient pas accès à l’eau et à l’électricité. Un tiers des enfants de moins de quinze ans n’étaient pas scolarisés et 56 % des moins trente ans n’avaient obtenu aucun diplôme. « Le service public à Mayotte est un leurre, déplore ainsi Mohamadi Nabhane, professeur au lycée de Mamoudzou, syndiqué à la FSU et membre du GRDC. Tout comme la santé manque de personnels, on manque de professeurs. » Ainsi, il y aurait 450 postes à pourvoir dans l’île pour le seul enseignement secondaire.

3000 à 6000 jeunes mineurs isolés

Pour autant, la priorité de la force occupante reste, malgré un solde migratoire négatif, la gestion de ceux qu’elle considère comme étrangers. Cette politique meurtrière aurait provoqué depuis vingt ans entre 10 000 et 30 000 noyades et disparitions dans les eaux de l’océan Indien. De plus, malgré l’application à Mayotte, depuis le 26 mai 2014, du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, les exactions policières et les dérogations aux droits français et international sont légion. Au cours des nuits des 9, 10 et 11 février, près de trois cents personnes ont été interpellées en kwassa. Elles ont immédiatement été arrêtées lors de leur débarquement pour présence illégale sur le territoire français et reconduites à la frontière. Parmi elles, 185 mineurs. « Il faut que je récupère mon enfant », supplie Assani Saindou. Son fils de quatre ans est enfermé au Centre de rétention administratif (CRA) et doit être expulsé le lendemain. « Il vivait à Moroni avec sa grand-mère. Elle n’arrivait plus à s’occuper de lui et n’est pas parvenue à obtenir un visa. Elle l’a mis dans un kwassa… »

On décompte à Mayotte entre 3000 et 6000 jeunes mineurs isolés. Les autorités n’hésitent pas à enfreindre la loi pour tenter d’en résorber le nombre et à les renvoyer 
en mer. « La semaine dernière, ils ont rattaché de façon arbitraire six mineurs à l’obligation de quitter le territoire français (OQTF) d’
une dame arrivée en kwassa, témoigne Marine Gueroult, employée de la Cimade, 
à Mayotte . Nous avons émis un référé au tribunal administratif. L’expulsion de cette personne était illégale. Elle était déjà dans le bus en direction du port lorsque le juge a délibéré. Ils l’ont relâchée. Mais les six enfants ont quand même été reconduits, en dehors de tout cadre légal ! » Ces irrégularités sont quotidiennes et on enferme tous les jours des enfants dans un CRA surchargé, maintes fois jugé indigne par le contrôleur des lieux d’enfermement, par le défenseur des droits et plusieurs institutions internationales. « Ils confisquent les téléphones, coupent les cabines téléphoniques à l’intérieur et ne respectent pas le droit de visite, continue Marine. Tout est fait pour que les migrants n’accèdent pas à leurs droits. » Marjan Ghaem, avocate, indique pour sa part que sur plus de 1 800 OQTF prononcées en 2014, elle n’a été saisie qu’une vingtaine de fois. « Sur les formulaires que les migrants signent quand ils arrivent au CRA, la case “Je n’entends pas faire usage de mes droits” est systématiquement cochée… Il faut dénoncer le travail de désinformation mené par la préfecture, insiste-elle. Ils éditent des plaquettes et organisent des séminaires destinés aux associations qui expliquent, par exemple, qu’un passeport est nécessaire pour le renouvellement d’un titre de séjour. C’est faux et les personnes prennent le risque d’un nouvel aller-retour en kwassa. »

Corruption et violences policières

Sous les tôles du bar Boboka, à Mamoudzou, l’avocate égrène les exactions commises par les autorités. Elle évoque l’interpellation et l’éloignement systématique des Comoriens emprisonnés à leur sortie de prison. Elle se souvient, aussi, du cas d’un nourrisson mort, à la fin de l’été 2013, « dans un kwassa ou au CRA », l’heure du décès n’ayant pu être définie… Le corps avait été oublié à la morgue en dehors des chambres froides, rendant impossible toute autopsie !

De nombreux témoignages glanés à Mayotte et Anjouan font par ailleurs état de la corruption d’agents des forces de l’ordre qui, en échange d’un peu de chanvre indien ou de quelques onéreux fruits de la mer, monnayent des informations aux passeurs. « On appelle ça le business », sourit Ismaël, le passeur rencontré à Domoni. En revanche, depuis l’accession au pouvoir, en France, de François Hollande, les violences policières contre les migrants semblent s’amoindrirent sur la terre ferme. Patrick Tite, directeur du pôle enfance de l’association d’assistance sociale Tama, qui tient des permanences au CRA et dans les lieux d’enfermement, évoque une évolution dans les interpellations. En 2013, 52 % d’entre elles avaient lieu en mer, contre 82 % en 2014. « Le problème, c’est qu’aucun contrôle n’est possible sur ce qui se passe au large », s’inquiète l’employée de la Cimade.

Pour Dominique Josse, chargé des relations avec l’Afrique au PCF, il est temps de mettre fin à cette entreprise coloniale. « Les forces progressistes, en France et aux Comores, ont à construire une nouvelle feuille de route alliant aspiration à l’indépendance et développement social et politique », souligne-t-il. Et ainsi éviter au peuple comorien une noyade forcée au nom d’ambitions militaires et autres bénéfices pétroliers.

Un occupant mal dans ses bottes ? Les autorités françaises à Mayotte ont tenté d’entraver les investigations de l’Humanité pendant son reportage. Le service communication de la préfecture a d’abord donné une réponse négative à toutes nos demandes de rencontres avec des représentants de l’État. Il a, par la suite, fait annuler, à la dernière minute, des rendez-vous pris sur place par notre envoyé spécial, avec le responsable du centre de rétention administrative et le capitaine de la police locale.

ÉMILIEN URBACH

Journal L’Humanité du 19 février 2015

http://www.humanite.fr/mayotte-lagon-meurtrier-dans-larchipel-des-comores-566164

Un discours de 18 janvier

Juste un mot pour dire le naufrage. Le naufrage collectif. De nos idées, de nos principes, de nos valeurs. Bazardés, jetés par-dessus la mer, oubliés à jamais. Nous n’avons plus de conviction qui tienne, devant l’absurdité de cette situation inédite : un peuple rendu clandestin en sa terre.

D’aucuns voudront marquer le coup, ce dimanche 18 janvier, condamner le Visa Balladur par un énième sermon, hurler sur l’autorité défaite à Moroni, à peu de frais. Peu se souviendront de ceux qui sont morts, car ils n’en connaissent pas beaucoup autour d’eux. Ils ne veulent surtout pas en connaître, même quand il s’agit d’un membre de leur famille, proche ou lointaine. Ils ne le souhaitent simplement pas. Pour ne pas avoir à questionner leurs propres limites face à cette tragédie. C’est de là que s’organisent le déni et l’irresponsabilité à l’échelle nationale…

L’absence de stratégie de la part de tout un peuple contre le Mur Balladur est un fait. Ni élite, ni citoyen : il n’y en a pas un pour sauver l’autre. Au-delà des bla bla de circonstance, tous paraissent démunis face à la tragédie. L’Etat français, pendant ce temps, multiplie les opérations de reconduite aux frontières et renforce son dispositif de sécurité dans les eaux comoriennes. L’Etat, pas l’opinion française, qui, elle, semble perdue dans une fable de la décolonisation, trop subtile pour être comprise par tous. Le peuple comorien, lui, il a renoncé depuis belle lurette à se battre pour le droit et contre la puissance française, sur cette question cruciale. Sans doute, à cause de ceux qui parlent en son nom, dans les sphères dites « d’influence ».

Le pouvoir aux Comores évite ce qui fâche. A savoir, une mise en accusation publique de la France devant la Cour Pénale Internationale, insistant sur les notions de déportation et de crimes contre l’humanité, en parlant des refoulements à Mayotte et des milliers de disparus, victimes de ce visa inique. Sait-on pourquoi cette date du 18 janvier¹ est synonyme d’une défaite collective ? Il est essentiel de noter que les gens disparaissent en mer depuis vingt ans, non pas parce qu’ils traversent en kwasa, mais parce qu’ils sont traqués comme des chiens. Il est aussi important de rappeler que le visa Balladur divise un pays en deux, en dépit du droit international. Il est enfin capital de mettre un terme à ce qui n’a pas lieu d’être, en engageant toute procédure imaginable, contre cette atteinte à l’intégrité d’un pays. Récemment, des avocats américains auraient fait part de leurs capacités à affronter l’Etat français sur la question territoriale dans l’archipel. A Moroni, personne n’aurait voulu les écouter.

Mirontsy Town

Au lieu d’une riposte, à Moroni ou à Paris s’orchestre ce que nous appelons ici, au collectif Mur Balladur, un manifeste permanent des impostures à territoire limité. L’expression est de Soeuf Elbadawi, auteur et artiste. Elle traduit le désarroi d’une partie de la population et la force du boniment chez certains politiciens. Où il est surtout question de signifier, pour ceux qui l’oublient, que dans cette histoire, il n’est plus que deux camps qui se regardent en chien de faïence. Ceux qui en meurent et ceux qui en parlent. Dans le camp des seconds, rares sont ceux qui connaissent un proche, ayant perdu la vie dans un kwasa. Normal que la question devienne banale à leurs yeux. Normal qu’elle n’engage pas leur survie immédiate. La mémoire des morts Balladur n’est qu’un fait divers aux infos de huit heures sur France Ô pour eux. En France ou dans l’archipel, les leaders d’opinion ne s’emparent de la tragédie que d’une seule manière. Un peu comme pour un morceau de campagne, qu’ils dénaturent et caricaturent, au risque d’aller à contre-sens, dans leur propos.

Une imposture intellectuelle permanente. Rendue possible, parce que les concernées, familles en deuil et rescapés, ont choisi de se taire devant l’audace de ceux qui se satisfont du verbe pour exister sur la scène politique. Ce 18 janvier, ce sont vingt années de travail acharné, de circulaires et de ratonnades en mer, orchestrées par la France à Mayotte. Ce sont aussi vingt années d’hésitation, de confusion, de renoncement, du côté de l’Etat comorien. A la tête de l’Etat comorien, le président Ikililou Dhoinine a co signé une déclaration d’amitié, il y a un peu plus d’un an, avec l’Elysée. Que dire d’un pouvoir qui trouve son salut à Paris, en s’asseyant sur la mémoire de milliers de concitoyens, disparus en mer à cause de ce même partenaire français ? Les victimes de la traversée, eux, se taisent, par peur d’en dire trop. Car ils ont bien compris pourquoi les rares personnalités qui les défendent, ne le font pas toujours par vertu, ni par souci de justice.

Les victimes se savent depuis longtemps abandonnés par les leurs. Ce que personne n’ose dire tout haut, c’est que les Comoriens dans leur grande majorité cessent d’interroger leur responsabilité dans le naufrage, finissent par stigmatiser les naufragés eux-mêmes, voire par les culpabiliser. A peine si la question mobilise plus de cent personnes pour une manif dans les rues. Une pétition mise en ligne pour une stèle à la mémoire des morts Balladur atteint difficilement les 400 signatures après trois mois de présence sur le web. La propagande, mise en place par la France, avec le soutien de ses alliés historiques, gagne  les esprits, à force. Il n’est pas rare d’entendre un officiel à Moroni dire à l’encontre de ceux qui trépassent : « Epvanu wo kwaelewa ? Qu’est-ce qu’ils sont allés faire dans cette galère ? »

Par moments, cette tragédie des morts Balladur devient presque un « non-sujet » dans l’espace public. Une honte et un malaise pour ceux qui en subissent directement les conséquences. De fait, la communauté d’archipel ne parvient pas à faire face à l’innommable, ne serait-ce qu’à travers le symbole d’un peuple raccompagnant ses morts. En engageant un processus mémoriel digne de ce nom, par exemple. Tranquillement, le citoyen détourne ses yeux de ce cimetière à ciel ouvert, pendant que les Etats s’abritent, eux, derrière un discours victimaire et réducteur. Sauf lorsqu’il s’agit pour le gouverneur de l’ile d’Anjouan d’en faire un numéro de cirque, en promettant de distribuer des bouées de sauvetage aux passagers au départ des kwasa. Ou lorsque Sambi menace de remettre les refoulés dans un bateau pour prouver durant deux semaines, et pas un jour de plus, que la justice n’est pas toujours du côté du plus fort. Des feux de paille ! Rien que des feux de paille qu’une pancarte du Comité Maore, posée sur un bout de route de la capitale comorienne, résume en vieux slogan, sans effets. Il y est écrit que Mayotte reste une île comorienne…

MB

Note 1. Le 18 janvier pour ceux qui l’ignorent encore est la date d’instauration du Visa Balladur dans les eaux comoriennes.

Morts Balladur à Moroni

L’affaire de la stèle sur les morts du Visa Balladur à Moroni se poursuit. Il y a trois semaines, c’était un sujet de débat sur le net, et dans la capitale comorienne. M. Djouhoud, le préfet de Moroni, accompagné de la gendarmerie nationale (deux gendarmes du nom de Ben et de Soule, de la brigade à Moroni), interdisaient à l’artiste Soeuf Elbadawi de poursuivre le projet d’une stèle en hommage aux victimes du Visa Balladur sur la fameuse Place de France, place coloniale.

On apprend aujourd’hui que cette interdiction est en réalité une intrigue orchestrée par les hommes du lieutenant-colonel Rafik Abdallah, commandant de la gendarmerie nationale. Le même Rafik Abdallah, qui aurait déjà abattu deux panneaux proclamant « Mayotte, île comorienne », posés par les membres du Comité Maore, sur la dite Place de France et du côté du Conseil de l’île. Un troisième panneau de rue a failli tomber, apprend-on via le Comité Maore par ses soins, avec le soutien d’un ancien gendarme, Fakri Mradabi. Abou Issa, adjoint de Rafik Abdallah, serait venu menacer l’artiste, un peu avant l’interruption des travaux sur la Place de France, de la démolition probable de la stèle par ses hommes.

Aujourd’hui circonspect, l’artiste annonce l’abandon de son projet, malgré une autorisation du maire de Moroni, M. Laissi Ben Ali, qui, lui, ne s’est pas prononcé sur la question (par peur d’être mal vu ?), depuis l’interruption des dits travaux : « Je n’ai pas voulu réaliser un projet à caractère perso. J’ai sollicité des politiques, des architectes, des artistes pour commettre ce projet ensemble. C’est par défaut que c’est devenu le projet de Soeuf Elbadawi. Voilà pourquoi il me faut arrêter. Pour ne pas ajouter de la confusion à la confusion générale. La stèle concerne tout le monde. Raison pour laquelle je préfère qu’une institution comme Comité Maore, avec notre soutien, bien sûr, porte le projet. Cela nous évitera probablement de confondre les choses. Il est question de dignité et de souveraineté nationale ici, et non de ma petite personne » explique l’artiste.

1PDF

On dit qu’un article de Kamardine Soule sur l’affaire avait été censuré dans le journal Al-Watwan du 13 novembre 2014 par son directeur, Mohamed Abdou Soimadou. On sait aussi que l’artiste a du payer, comme pour une vulgaire publicité, au journal national, pour avoir le droit de publier un texte sur le Visa Balladur à la même date. Ce qui veut dire que le journal a fait payer pour une information qu’elle se refuse à donner elle-même à ses lecteurs, concernant les morts Balladur, une tragédie que l’on dit « nationale ». Un texte qui peut être lu par ailleurs sur le blog du Muzdalifa House.

Soeuf Elbadawi vient de demander aux membres du Comité Maore de bien vouloir incarner le projet à sa place, sachant que l’autorisation du maire reste toujours valable. Les décisions du préfet et de la gendarmerie n’ont en effet aucune valeur juridique. Pour Soeuf Elbadawi : « Ce projet prendrait plus de hauteurs, si le Comité Maore acceptait de le défendre, non pas comme un projet d’artiste, mais plutôt comme une nécessité de pays, à inscrire dans l’urgence ». Le Comité Maore, pour sa part, vient de lui notifier son soutien par écrit avec une motion, rédigée le 12 novembre 2014, avec des membres de la société civile réunie au Palais du peuple à Moroni. Et sur le net, trône toujours une pétition en faveur de la stèle sur avaaz.org.

MB

Histoire d’énième naufrage

Dans la pénombre de la nuit tombante, Mirontsy, bourg aux odeurs de poissons, enterre trois des siens repêchés inanimés en mer, ce 20 octobre 2014. Trois des miens. Le deuil frappe à ma porte. Les corps qu’on met en terre sont des femmes que je croisais le matin. Pour beaucoup, c’est juste un enième kwasa qui chavire.

Pire ! Les cadavres de ces femmes sont aujourd’hui convertibles en produit de consommation culturelle. Romans, poésies, chansons, films et slams rejoignent le brouhaha assourdissant des rues et de la toile. Autant d’armes précieuses qui ont par le passé prouvé leur efficience en période d’incertitude, sous ce même ciel comorien. Dans cette anthropophagie artistique, rares seront les auteurs dont les positions intellectuelles dans la vie de tous les jours, s’accorderont avec leurs œuvres.

Que reste-t-il donc de la parole ?

Et à quoi parler peut-il encore servir aujourd’hui ?

Pour ma part, je parlerai en espérant résister à la banalisation de la parole qui, tout compte fait, rejoint les effets du mutisme. Je parlerai pour dire ma douleur, c’est le moins que l’on puisse attendre d’un homo sapiens.

Je parlerai parce que ces femmes, qu’on vient d’enterrer, hantent mes nuits. J’ai eu à les recevoir un jour dans mon cabinet médical. Elles étaient de ces femmes du peuple, avec qui je me trouvai spontanément à converser, entre une consultation et une autre, sur la scolarité des enfants, sur les nouvelles de la ville, sur les petits riens de la vie. Je continue à recevoir leurs enfants, leurs maris, tentant de gérer les crises émotionnelles, qui s’en sont ensuivies.

Je parlerai pour dire ma honte, surtout. Car combien de fois me suis-je trouvé à parloter sur les kwasa ? Un monde que je côtoie tous les jours, sans jamais chercher à connaitre les rouages qui l’animent. J’en ai honte.

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J’apprendrai de ma cousine germaine, venue en consultation, une rescapée, le fonctionnement cruel du monde des kwasa.

La barque en question, me dit-elle, a pris eau à 4h du matin. Ce fut le sauve-qui-peut. Dès la première vague, une dame, la cinquantaine, a rendu l’âme. Après moult râles d’agonie. Une autre, enceinte, agrippée sur jerrican, l’a rejointe. Sa fille de dix ans a survécu, cependant. Deux autres femmes agrippées sur des jerricans ont atteint la terre ferme.

A quelle heure ?

On ne saura jamais. La règle, en pareilles circonstances, est simple. Pour éviter toute embrouille, le rescapé, ayant touché la terre ferme, se sauve, s’il lui reste encore un peu de force, sans s’occuper du reste. Pas même d’alerter les riverains …

7 adultes sur les 12 passagers à bord du kwasa ont essayé de se maintenir en vie. Ils se sont aggrippés désespérément d’une main sur la barque. De l’autre main, ils tenaient un enfant parmi les six présents. Les mômes sont morts, un à un, sous leurs yeux. Une gamine de 12 ans, seule, a eu la vie sauve.

La barque, à la merci de la mer déchainée, s’est retournée, culbutant les naufragés. Contusions, ecchymoses, des bosses au front…

Le pilote a cherché à calmer les esprits. Administrant des instructions. Le copilote, lui, avait déjà sauvé sa peau. A 9 heures, des pêcheurs sont passés dans les environs, leur salut. 5h s’étaient déjà écoulés. Les rescapés ont ensuite été déposés sur le rivage d’une zone inhabitée, des environs de Mahale.

GBAbs

Pendant que ma cousine m’explique tout ça. Je vois son visage s’illuminer. Elle semble communier avec quelque chose de plus lointain. La consultation s’arrête, elle crie : « Les voilà ! Les voilà ! Ils se noient, ils se noient… »

Elle parle de toutes ces personnes qu’elle a vu mourir.

Ce n’est que vers 12h30 , qu’un murmure a parcouru l’île : «  Une barque partie de Mirontsy a chaviré… »

Laquelle ?

La veille, deux autres kwasa, partis de Mirontsy, avaient levé l’ancre.

Vers 14h, soit 10 heures après le naufrage, les premiers secours se sont organisés, à la rescousse des corps portés disparus. Personne n’avait idée de leur nombre, ni de leur identité.

Mirontsy était méconnaissable, le long du littoral, noir de monde. Les pêcheurs cotisaient. Du carburant a été acheté. Trois barques ont fendu la mer. Concomitamment, des hommes en treillis, armes en bandoulière se sont postés sur le rivage. Probablement pour accueillir rescapés et corps.

Les pêcheurs, qui ont sué sang et eau dans les recherches des corps en mer, n’ont rien compris de cette parade. La population s’est mise à conspuer, à huer sur les hommes en treillis, qui ont décampé.

Les recherches se sont soldés par le repêchage de 3 corps. Personne n’est capable de dire combien il y a eu de rescapés, combien il y a eu de portés disparus.

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Un halo de peur entoure chaque disparition de kwasa. La bouche de chaque rescapé est tellement obstruée que très peu de choses en sortent. Combien y a-t-il eu de disparus ? Les rescapés pour la plupart regagnent discrètement leurs familles pour éviter toute embrouille. Les morts ne sont connus que longtemps après l’accident.

Parce qu’Abou était un proche, un ami, je sais qu’il fait partie, lui et sa fille de 10 ans, des corps portés disparus.

Le reste des renseignements nous est venu des éléments. Le lendemain du naufrage, sur la route de Domoni, en voyant au large une nuée d’oiseaux charognards au large, j’ai dit à mes compagnons de route que peut-être des corps dérivent dans les environs…

Anssoufouddine Mohamed, auteur.

Moi Baraka Inzouddine Accuse

Texte paru initialement sur le blog de Wongo.

Considérant que la constitution comorienne dit que l’Union des Comores est une République, composée de quatre îles, Mohéli, Mayotte, Anjouan, et Grande Comore ;

Considérant que la constitution comorienne qualifie de « sécession » tout acte portant atteinte à l’intégrité territoriale et à l’Unité Nationale ;

Considérant la résolution du conseil de sécurité S/RES/376 du 17 octobre 1975, recommandant à l’Assemblée générale d’admettre les Comores à l’Organisation des Nations Unies ;

Considérant la résolution onusienne n° 3385 (XXX) du 12 novembre 1975, admettant les Comores à l’Organisation des Nations Unies, en tant que pays composé de quatre îles dont Mayotte ;

Considérant la résolution onusienne 31/4, adoptée le 21 octobre 1976, condamnant toute forme de référendums ou consultations qui pourraient être organisés en territoire comorien de Mayotte par la France et condamnant énergiquement la présence de la France à Mayotte ;

Considérant la déclaration universelle des droits de l’homme ;

Moi, BARAKA INZOUDDINE, citoyenne comorienne originaire d’Anjouan, à la manière d’Emile Zola, j’accuse.

J’accuse le Président des Comores, IKILILOU DHOININE, d’être complice de génocide, en obligeant les autorités insulaires à accueillir les futures victimes du visa de la mort en violation totale de la constitution comorienne et du droit international.

J’accuse les vice-présidents Mohamed Ali Soilih, Nourdine Bourhane et Fouad Mohadji de contribuer par leur silence à perpétuer un génocide.

J’accuse les gouverneurs Anissi Chamsidine, Mohamed Ali Said et Mouigni Baraka Said Soilihi de crime contre l’humanité pour leur action facilitatrice des déplacements forcés d’une partie de la population comorienne.

J’accuse les députés de l’Assemblée Nationale des Comores et les conseillers des îles de crime contre l’humanité à cause leur indifférence complice à l’égard des ceux qui maltraitent et humilient quotidiennement des milliers de comoriens et comoriennes à l’intérieur de leur propre territoire.

J’accuse les ministres comoriens de collaborer aux déplacements forcés de plus de la moitié des habitants de Mayotte.

J’accuse l’Etat comorien d’avoir capitulé au détriment du peuple comorien, en levant la mesure qui interdisait l’expulsion à Mayotte des ressortissants comoriens des autres îles.

J’accuse l’Etat comorien de complicité de génocide pour son refus de saisir la Cour pénale internationale pour qu’une enquête soit ouverte à propos des milliers de morts du Visa Balladur, dans le bras de mer séparant Anjouan de l’île comorienne de Mayotte.

 Moi, BARAKA INZOUDDINE, refuse de cautionner la politique du « fait accompli », responsable des milliers de morts comoriens (…) dans le bras de mer de 70 km séparant Anjouan de Mayotte.

 Même amère, la vérité je la dirai car je ne veux pas garder un silence complice face au génocide des comoriens. Mes nuits seraient hantées par le spectre de ces « petits » corps innocents ensevelis au fond du plus grand lagon meurtrier du monde.

En portant ces accusations, je n’ignore pas que je m’expose à la censure et aux critiques virulents de ceux qui sont prêts à vendre leurs âmes pour satisfaire le démon qui ronge les Comores. Et c’est volontairement que je m’expose.

Je sais par ailleurs que je me mets sous le coup de la loi, qui punit les délits de diffamation.

Qu’on ose donc me traduire devant les tribunaux internationaux et non devant ceux vendus et qui n’ont de brillant que la soumission au plus offrant.

BARAKA INZOUDDINE

MUTSAMUDU – ANJOUAN (COMORES)